Logo Portail
Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

GERCER

verbe
A. —Emploi trans.[Le suj. désigne le froid, le vent, la chaleur, la sécheresse] Produire de petites crevasses sur quelque chose.
1.[Le compl. désigne l'épiderme; p. méton. une partie du corps, notamment les lèvres, le visage, les mains] Gercer le visage; le froid, la bise gercent les lèvres, les mains (Ac. 1835-1932). Le vent froidit et gerce encor ta beauté verte (Verhaeren, Mult. splendeur, 1906, p. 81). Les travaux des chaumières artificielles ne gercent pas suffisamment les mains (Faure, Hist. art, 1921, p. 115).
— Emploi pronom. à valeur passive. Les lèvres se gercent à la grande gelée (Ac. 1835, 1878).
2.P. anal.[Le compl. désigne un inanimé concr.] Faire se fendiller. Ces grandes chaleurs ont gercé la terre (Ac., 1835-1932). P. métaph. Des graines se gonflaient, s'allongeaient, gerçaient la plaine, travaillées d'un besoin de chaleur et de lumière (Zola, Germinal, 1885, p. 1591).
— Emploi pronom. à valeur passive. La terre se gerce (Ac. 1835, 1878). La limace baveuse argente la muraille Dont la pierre se gerce et dont l'enduit s'éraille (Gautier, Albertus, 1833, p. 127).
B. —Emploi intrans.[Correspond à A 1 supra; le suj. désigne la peau, les lèvres, etc.] Les lèvres gercent au grand froid (Littré). Ne laissez pas non plus gercer votre peau délicate par l'impression d'un froid excessif (Laclos, Éduc. femmes, 1803, p. 469).
Prononciation et orthographe
[ʒεʀse], (il) gerce [ʒεʀs]. Ds Ac. dep. 1694.
Étymologie et histoire
1. 1er quart xiiie s. pronom. « se piquer, se blesser » (Reclus de Molliens, Miserere, 137, 10 ds T.-L.);
2. 2e moitié xiiie s. « scarifier » (De la Mäaille, Jubinal, Jongleurs et trouvères, 105, ibid.);
3. 1530 (Palsgr., p. 484 : garschera les levres). Orig. obsc.; l'étymon b. lat. charaxare (gr. χαράσσειν « fendre, entailler, égratigner, déchirer »), plus fréquemment écrit caraxare « gratter, sillonner, déchirer » (FEW t. 2, p. 626a; v. REW3, 1863b pour les dér. ital.) fait difficulté du point de vue phonét.; on peut cependant supposer que charaxare est devenu *garassare, *garsare par dissimilation, avec chute de la voyelle prétonique interne (FEW t. 4, p.626a). Le sens 2 qui a disparu au profit de scarifier* se retrouve dans le wallon garsi « ventouser » (Romania, t. 47, p. 566).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 23.