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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

DÉLÉGUER

verbe transitif
A. —[Le compl. désigne une pers. physique ou morale, une collectivité]
1. Envoyer pour un but déterminé; charger d'une mission, généralement officielle, avec tout pouvoir pour l'accomplir :
1. Quand il y a au rôle un trop grand nombre d'affaires, (...) quand les juges et les juges suppléants ne peuvent suffire, l'article 49 du décret du 30 mars 1808 autorise le tribunal à déléguer un avocat, un simple avocat. (Meilhac Halévy, La Boule, 1875, III 1 p. 83)
— Déléguer qqn comme + subst., déléguer qqn qui + prop. rel., déléguer qqn à ou dans qqc. (lieu, fonction), déléguer qqn auprès de qqn, déléguer qqn pour + inf. ou subst. Déléguer qqn dans une fonction. Le frère Blanche que je délègue justement comme aide des deux pères (Huysmans, Oblat, t. 2, 1903, p. 222).
— Littér. Les parfums (...) venaient seuls à notre rencontre, délégués par le rosier jaune poivré, le tilleul en fleurs (Colette, Gigi, 1944, p. 205).
• Déléguer vers. Dans le rêve, le moi délègue vers le soi des hallucinations que le soi repousse (L. Daudet, Hérédo, 1916, p. 55).
— Emploi pronom. réfl. Dieu se délègue. Il se délègue aux satyres, aux romanciers, aux généraux en chef (Giraudoux, Judith, 1931, II 7 p. 174).
2. —En partic.
a) Envoyer quelqu'un comme représentant à une réunion, dans un organisme. Assemblée commune où chaque État associé délègue des représentants (Vedel, Dr. constit., 1949, p. 58).
b) Donner à quelqu'un, en particulier à un fonctionnaire, un poste généralement supérieur à celui qu'il devrait occuper en raison de sa formation. Les recteurs y pourvoient (...) en déléguant des adjoints d'enseignement dans des postes de professeurs (Encyclop. éduc., 1960, p. 317).
c)Vieilli. Déléguer un débiteur, un fermier. Le charger de payer une somme à une troisième personne, en particulier la dette qu'on a soi-même envers celle-ci; donner une délégation sur lui (cf. délégation I B 1 c).
B. —[Le compl. désigne une chose]
1. Transmettre, confier, donner quelque chose, en particulier certaines attributions le plus souvent officielles, à une personne physique ou morale, à une collectivité. Déléguer un droit, une fonction, ses pouvoirs à qqn. Elle [Grazia] lui déléguait [à Christophe] l'énergie. Elle gardait la quiétude (Rolland, J.-Chr., Nouv. journée, 1912, p. 1467) :
2. Les Francs exercèrent collectivement la souveraineté, ensuite ils la déléguèrent à quelques chefs; puis ces chefs la confièrent à un seul; ... (Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 3, 1848, p. 673)
— [Avec ell. de l'art.] Déléguer au prêtre autorité à cet effet (Sainte-Beuve, Volupté, t. 2, 1834, p. 223).
— Emploi pronom.
• avec valeur passive. Le génie (...) ne se délègue point par procuration (L. Febvre, Combats pour hist. , Cours de L. Brunschvicg, 1948, p. 292).
• réciproque. Il faut bien qu'ils se délèguent les mots de passe (Saint-Exup., Citad., 1944, p. 830).
2.DR. et FIN.
a) Affecter une somme à une réalisation déterminée, à une personne, à une collectivité et, plus particulièrement, à un créancier pour le paiement d'une dette. J'ai délégué mes appointements pour trois années en échange des sommes nécessaires à l'établissement d'Hortense (Balzac, Cous. Bette, 1846, p. 132).
b)Spécialement
— Déléguer une créance. Transmettre à un créancier la créance qu'on a soi-même sur un débiteur. Vous me déléguerez une créance dont l'exigibilité soit prochaine et garantie par des titres (Verlaine, Corresp., t. 3, 1869-96, p. 392).
— Déléguer une dette. Charger une personne de la payer.
— ARM., MAR. Déléguer sa solde. La faire payer directement à sa famille. Yves (...) « délègue » à sa femme, à Brest, « sa solde et ses chevrons » (Loti, Mon frère Yves, 1883, p. 336).
Prononciation et orthographe
[delege], (je) délègue [delεg]. Fait partie des verbes qui changent [e] fermé (é accent aigu) en [ε] ouvert (è accent grave) devant syll. muette sauf au fut. et au cond. : je déléguerai(s). Admis ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
1395 (Boutill [er], 2e p., f° 9c , éd. 1486 ds Gdf. Compl., s.v. delegateur); 1426 (Cout. d'Anjou ds DG); av. 1544 subst. (Des Périers, Contes, CXXVI ds Littré). Empr. au lat. class. delegare de même sens.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 143.