CROCHETER
verbe transitifA. — Exécuter un travail en se servant d'un crochet.
1. Ouvrir une serrure avec un crochet, et p. ext., ouvrir en forçant, par effraction. Crocheter une serrure, des placards. L'art de crocheter les portes et de s'introduire sans bruit (, Hist. vie, t. 1, 1855, p. 74). C'est un jeu, si le trou a été fait à la place qu'il faut, de tâter de l'extérieur le verrou à l'intérieur, d'en crocheter la poignée (, Roul. tsar, 1912, p. 57) :
Le jeune docteur F... me racontait qu'il crochetait la boîte aux lettres de la maison de sa fiancée, pour y prendre les lettres à elle adressées. Comme je lui disais : « Vous êtes un beau salaud », il me répondit en riant : « Eh bien! ça me fait une personnalité ». (, Le Démon du bien, 1937, p. 1343)
— Au fig. Essayer de pénétrer un secret. Crocheter les secrets de la nature (cf. Gautier, Rom. momie, 1858, p. 324). Crocheter les secrets d'une pensée (cf. Rolland, J.-Chr., Antoinette, 1908, p. 895).
2.Spéc., emploi abs. Exécuter un ouvrage au crochet. Métier à crocheter. Une autre machine qui appartient aussi au groupe des machines à crocheter est le métier chaîne Cidéga (USA) (, Fabric. tissus, 1961, p. 101).
B. — Accrocher, saisir quelque chose au moyen d'un crochet.
1. Crocheter une poubelle (cf. Druon, Gdes fam. , t. 2, 1948, p. 81). Çà et là des chiffonniers, accroupis sur la chaussée vide, crochetaient les ordures en agitant leur lanterne (, Ascension M. Baslèvre, 1919, p. 154).
— Emploi abs. Le geste classique du chiffonnier qui crochette (, Célibataires, 1934, p. 738).
— Emploi intrans. Il allait, tous les soirs, crocheter avec sa canne dans la boîte aux ordures (, Célibataires, 1934, p. 742).
• P. métaph. Crocheter rêveusement dans le petit tas de débris de la journée (, Conspir., 1938, p. 20).
2.P. anal.[Le suj. et l'obj. désignent l'homme, ou ce qui se rapporte à lui] Accrocher, retenir. Dès que la farandole tournait, ses doigts crochetaient les miens (, Assassin, 1948, p. 153).
— Au fig. Avoir des appâts à vous crocheter le cœur (cf. Huysmans, Sœurs Vatard, 1879, p. 201). Une arme pour accrocher ou crocheter l'assentiment (, Je-ne-sais-quoi, 1957, p. 14).
— Fam., et en emploi pronom. réciproque. Se battre. Hortense (...) lui refile [à Maria] une purge (...). Les v'là à se crocheter (, Lutte pour amour, 1891, p. 217).
C. — Faire un mouvement pour éviter quelque chose ou quelqu'un.
1.SP.[Avec un compl. indiquant la pers. évitée] Crocheter un adversaire. Essayer de l'éviter en effectuant un rapide crochet; changer brutalement de direction. Zavadsky (...) crochète habilement Fidon et marque un troisième but (L'Auto, 6 nov. 1933, p. 3 ds Grubb Fr. sp. neol. 1937 p. 30).
2.Emploi intrans. Faire un crochet (cf. ce mot II B 2); opérer un brusque changement de direction. Le taureau crocheta avec brusquerie (, Bestiaires, 1926, p. 420). Elle courait à pleines jambes (...). Elle crocheta vers la droite (...). Elle filait (, Joie, 1935, p. 133). Il y avait beaucoup d'oiseaux (...) crochetant, prenant des angles inattendus, fonçant au ras du sol (, Homme de chasse, 1961, p. 6).
Remarque : La docum. atteste crochetable, adj. « Qui peut être ouvert avec des crochets de serrurier » (Lar. Lang. fr.). P. métaph. Or, à partir du XVIIe siècle, la vertu d'une Reine de France est bien difficilement crochetable (La Varende, Anne d'Autr., 1938, p. 45).
Prononciation et orthographe
[kʀɔʃte], (je) crochète [kʀɔʃεt]. Fait partie des verbes qui changent [ə] muet en [ε] ouvert écrit è accent grave devant syll. muette. Littré et Guérin 1892 notent également la conjug. je crochette. Admis ds Ac. 1694-1932.
Étymologie et histoire
1457 crocheter une serrure (doc. cité ds Gdf., s.v. crochetement). Dér. de crochet*; dés. -er.
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 39 (crocheté : 7).
Dérivés
Crochetage
substantif masculinBibliographie
Goosse (A.). Le Pic. et le wallon, source du jargon des coquillards. Cah. Lexicol. 1970, t. 16, n° 1, p. 105 (s.v. crocheté). — Guiraud (P.). Le Jargon de la Coquille. Cah. Lexicol. 1967, t. 11, n° 2, p. 47. — Lew. 1960, p. 335.