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Définition du Trésor de la Langue Française (1960-1990)

BAUDET

substantif masculin
I. —Synon. fam. de âne* :
1. ... les charbonniers acheminent par baudets leur denrée vers Niort et les ports du Marais. (Vidal de La Blache, Tabl. de la géogr. de la France, 1908, p. 315)
— Être chargé comme un baudet. « Être excessivement chargé » (Ac. 1835-1932) :
2. Les têtes changeaient à chaque voyage, de sorte qu'il y eût le plus possible de Français pour garder le souvenir de Cracovie. Mais si l'argument des paquets à porter n'était pas illusoire, car au vrai nous revenions chargés comme des baudets, ... (Ambrière, Les Grandes vacances, 1946, p. 324)
— En partic. Âne mâle qui sert d'étalon.
• P. métaph. Partenaire :
3. Celles-là, commerçant de leur corps, afin de ne pas crever de faim au coin des rues, sur le pavé, s'étaient faites rigoleuses de désespoir; celles-ci, pourries, gangrenées, horribles, avaient le feu paillard dans les veines et, fichtre! elles besognaient avec Pierre ou Paul ou Jacques, sans choisir le baudet... (L. Cladel, Ompdrailles, 1879, p. 145)
— Au fig. Homme stupide, ignorant.
Remarque : Attesté dans la plupart des dict. généraux.
• Proverbe. Haro sur le baudet (cf. haro).
II. —TECHNOL. Tréteau sur lequel le scieur de long pose la pièce de bois à débiter. Synon. chevalet.
Prononciation
[bodε]. Demi-longueur pour [o] chez Passy 1914 et Barbeau-Rodhe 1930.
Étymologie et histoire
1.
a) 1534 nom propre (Rabelais, I, 20 dans Hug. : Ha [dist Janotus] Baudet, Baudet, tu ne concluds poinct in modo et figura) — 1548, Noël du Fail, Baliverneries, éd. Assézat, p. 169;
b) 1547 « âne » (Conception de la Vierge Marie, 1547 dans Gdf. Compl. : Or vous tournez, baudet, tournez Le museau devers la mangeoire); encore asne baudet en 1619 (Claude d'Esternod, L'Espadon Satyrique, sat. I d'apr. Pruvot dans Fr. mod., t. 22, p. 130); 1611 p. ext. en parlant d'un homme « sot, ignorant » (Cotgr.);
2. 1653 baudais « sorte de lit à sangles » (Inventaire du cardinal de Mazarin dans Havard, Dict. de l'ameublement et de la décoration : Plus le bois de trois baudais ; il y en a un garny de toile qui est rompu); 1668 baudet (Bulletin de la Soc. Archéol. de Charente, 1889, p. 359 : Plus un baudet avecq ses sangles, sur lequel nous avons treuvé un petit lit de pleumes);
3. 1676 technol. (A. Félibien, Des Principes de l'archit., ..., p. 491 : Baudets, ou Hours; ce sont des tretaux sur lesquels les sieurs de long posent leurs bois pour les débiter). Dér. de l'adj. a. fr. baud (baud*) au sens de « impudique », la lubricité de l'âne étant souvent évoquée (cf. P. Nol., Carm., 24, 167 dans Blaise).
Statistiques
Fréq. abs. littér. : 55.
Bibliographie
Darm. Vie 1932, p. 54. — Duch. 1967, § 11, 51. — Gottsch. Redens. 1930, p. 55. — Levy (R.). The Etymology of English bawd and cognate terms. Philol. Quart. 1953, t. 32, pp. 83-89. — Orr (J.). Qq. étymol. « douteuses ». Archivum linguisticum. 1961, t. 13, pp. 121-122.